Choose France ? La perversité du projet Macron

En janvier 2019, lors du sommet de Versailles, Emmanuel Macron annonçait fièrement aux investisseurs étrangers qu’ils pouvaient venir s’installer en France en toute sérénité : 12 sites industriels seraient « préparés » pour les accueillir.

L’objectif de cette opération Choose France : proposer des sites industriels « prêts à l’emploi », les études environnementales ayant été faites au préalable, ceci afin de gagner du temps et de séduire les multinationales. https://www.gouvernement.fr/choose-france-un-sommet-pour-faire-rayonner-l-attractivite-economique-de-la-France

Cette opération est la bataille menée par la France de Macron dans la grande compétition mondiale de la recherche d’investisseurs censés créer de l’emploi et donc de la sacro-sainte croissance… Bataille d’autant plus rude que, depuis, la pandémie est passée par là et a sérieusement dégradé le fonctionnement de l’économie néolibérale.

La grande compétition internationale va donc se décliner en grande compétition nationale entre les 12 sites français retenus pour cette mise à disposition des multinationales étrangères. Pourquoi ? C’est simple. Les dites multinationales, ayant le choix entre 12 sites potentiels, feront pression auprès des collectivités locales de chaque site afin d’obtenir un aménagement supplémentaire, un financement supplémentaire, une mise à disposition territoriale supplémentaire, etc, et choisiront pour s’installer celui qui se sera le plus « impliqué ». Résultat : de l’argent public des collectivités territoriales (chez nous la Communauté de Communes Sud Estuaire, le SCOT du Pays de REtz, les mairies des communes voisines) sera utilisé pour attirer coûte que coûte les fameux investisseurs. Service attendu en retour : des créations d’emploi, bien sûr !

Certains se disent : Oui, mais si ce sont des emplois pour produire de l’énergie verte, pourquoi pas ?

Cette première réaction est compréhensible. En effet, on préfère largement produire de l’énergie renouvelable plutôt que de l’énergie nucléaire, pardi ! Sauf que ce raisonnement, malheureusement, ne tient pas la route… et pour plusieurs raisons :

  1. Les productions nouvelles d’énergie « renouvelables » ne remplaceront pas les autres productions, thermiques ou nucléaires. Elles viendront s’ajouter à l’offre énergétique globale, qui devra obligatoirement augmenter pour répondre aux besoins des objets connectés (vous savez, tous ceux qui se serviront de la 5G pour vous dire, par exemple, ce qu’il y a dans votre frigo, et bien d’autres choses : https://www.objetconnecte.net/maison-connectee/ ). Donc, première fausse bonne idée : les énergies « renouvelables » ne nous permettront pas de nous passer des centrales nucléaires, puisqu’on aura toujours plus besoin d’énergie (en tout cas, si on adhère à ce monde là, mais il semblerait que le coronavirus ait modifié certaines certitudes pour le monde d’après…)
  2. Les énergies dites renouvelables le sont-elles vraiment ? Pour produire de l’électricité, toutes les machines tournantes (éoliennes, hydroliennes, etc… ) nécessitent des terres rares ( qu’est ce que les terres rares ? : https://www.geo.fr/environnement/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433 ). Or, ces terres rares font l’objet d’une lutte commerciale acharnée entre les grandes puissances, en particulier la Chine et les Etats unis. Nous, la France, sommes donc dépendants de matériaux extraits à l’étranger et très convoités dans le monde entier. De plus, l’extraction des terres rares, à l’autre bout du monde (donc hors de notre vue…) provoque des pollutions énormes et emploie une main d’œuvre exploitée dans des conditions inacceptables. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ces problèmes sous prétexte qu’ils se passent loin de chez nous. Rappelons nous également que les pollutions sont à l’origine de la baisse de la biodiversité, baisse qui elle-même est une des causes majeures de la pandémie du Coronavirus.
  3. Une fois que les 12 sites français, dont celui du Carnet qui nous concerne localement, auront été bétonnés, quelle réelle garantie les populations auront-elles en ce qui concerne le « label écologique » des investisseurs ? Pensez vous réellement que les-dits investisseurs vont se précipiter en France sous l’effet du rayonnement de notre président-roi ? Non, comme nous l’avons dit, la compétition est mondiale, et nous courrons le risque à l’horizon d’une dizaine d’années, de voir nos 12 sites à moitié pleins ou à moitié vides, selon qu’on est optimiste ou pessimiste… Et comme un site à moitié vide, ça n’est pas très sexy dans un programme électoral, nous pouvons être certains que nos élus batailleront ferme pour attirer n’importe quelle entreprise ! Quelle soit verte ou noire n’aura aucun poids dans la balance, car il s’agira une fois de plus d’optimiser le foncier, et de créer de l’emploi. Nous n’avons donc aucune garantie à long terme sur le respect de l’exigence verte des entreprises qui s’installeront.

En conclusion, le projet de remblaiement du Carnet est une très mauvaise idée. Ce projet fait partie du Plan Stratégie 2015-2020 du Grand Port Maritime Nantes Saint Nazaire, élaboré à partir de 2012.  ( http://www.nantes.port.fr/fileadmin/Images/6.Actualites/Projet_strategique_2015-2020.pdf  )

Depuis 2012, les consciences se sont éveillées au conséquences du réchauffement climatique. Les citoyens ont manifesté à maintes reprises leur souhait de changer de cap. Il n’y a qu’à voir tous les collectifs qui se sont créés pour cela. La crise du coronavirus, qui a modifié profondément nos habitudes de vie, a éclairé une évidence : nous avons besoin de créer des emplois pour des enjeux vitaux et non pour des objets de consommation connectés ou pas !

Alors oui, le collectif StopCarnet s’oppose au projet industriel qui créerait des emplois en Pays de Retz, parce que ce n’est pas de ces emplois là dont nous avons besoin (les nouvelles technologies nécessitent des compétences qui ne sont pas celles de notre bassin d’emploi, autrement dit, ce ne sont pas les chômeurs de chez nous qui trouveront un job sur ce site)

Il existe d’autres pistes pour relancer l’activité économique intelligemment :

  • Débloquer des milliards (comme on a vu que c’était possible, miraculeusement, pendant la crise sanitaire) pour un grand plan de formation des ouvriers et employés afin de les réorienter vers les métiers qui en ont besoin :
    • les métiers du bâtiments pour l’isolation des logements afin de dépenser moins d’énergie
    • les métiers du soin aux personnes qui sont insuffisamment pourvus (le coronavirus nous l’a montré)
    • les métiers de l’agriculture paysanne et de transformation locale des produits alimentaires afin de ne pas dépendre des importations et de manger une nourriture saine
    • les métiers de la réparation et du recyclage des objets domestiques
    • les métiers qui auraient permis de produire les matériels dont nous aurions tous eu besoin pour lutter contre le virus
  • Diminuer le temps de travail des salariés afin de le répartir sur toute la population active. Et de mieux nous occuper de nos familles et de nos proches, comme on a pu le faire pendant la crise du coronavirus
  • Encourager l’organisation du travail sous forme de coopératives, afin de laisser l’intelligence collective prendre les rênes de l’économie locale. On a bien vu, lors de la crise sanitaire, les désastres causés par la centralisation excessive et la fragilité des chaines de production s’appuyant à outrance sur la sous traitance : Ce qu’on doit produire et comment doit être décidé par les travailleurs et la population localement, en fonction des besoins réels !

Luttons contre la réintoxication du monde en refusant ce projet d’un temps révolu !