Beyrouth en deuil… Et bientôt l’Estuaire de la Loire ?! L’usine YARA, une gigantesque bombe à nos portes !

La tragédie à Beyrouth a pour origine l’explosion de 2700 tonnes de nitrate d’ammonium, mais saviez-vous que près de Saint-Nazaire (44), l’usine YARA a l’autorisation de stocker 43 fois cette quantité de nitrate d’ammonium ? Une bombe à nos portes qu’il est temps de stopper et qui révèle le caractère écocidaire et mortifère de l’agriculture industrielle !

L’explosion de 2700 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis 6 ans sur le port de Beyrouth a déjà causé plus de 100 morts et 40000 blessé-es. Le drame vécu par les libanais-es s’ajoute aux conséquences désastreuses de l’utilisation du nitrate d’ammonium et doit nous questionner à la fois sur notre utilisation des engrais de synthèse au nitrate d’ammonium, sur les entreprises qui le produisent et les structures qui les soutiennent à échelle locale. 

Rappelons que 31 personnes sont mortes à Toulouse en 2001 lors de l’explosion de 300 tonnes de nitrate d’ammonium entreposées dans l’usine AZF. 

Luttons contre ces bombes à retardement pour éviter que des drames similaires n’aient lieu ailleurs, y compris à Saint-Nazaire où le Grand Port Maritime accueille le numéro 1 mondial du nitrate d’ammonium : Yara !

Le Grand Port Maritime de Nantes / Saint-Nazaire : un port écocidaire avec un risque d’explosion catastrophique à Montoir

Anne-Laure Sablée, chargée de campagne agriculture chez les Amis de la Terre, explique à La Relève et La Peste que « En France, nous avons des sites qui contiennent beaucoup plus de nitrates que ce qu’il s’est passé à Beyrouth, et ce, sans respect des règles de sécurité ! Le leader mondial des engrais Yara, implanté dans les régions du Havre, de Saint-Nazaire ou encore de Bordeaux, a ainsi fait l’objet de pas moins de 11 mises en demeure depuis 2015 ! Comment ne pas s’inquiéter d’un stockage de 20 000 tonnes de nitrates d’ammonium à proximité de Bordeaux par une multinationale qui ne respecte pas la réglementation et pour laquelle l’État fait preuve de largesses ? » 

À l’heure où le Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire (GPMNSN) prévoit son extension industrielle sur une zone naturelle et agricole de 40ha à Donges et la construction d’une zone industrielle de 110 ha sur une zone naturelle au Carnet, ses pratiques écocidaires doivent être plus que jamais mises en lumière et combattues. 

  • Le GPM abrite également l’entreprise Yara. Yara, numéro mondial des engrais de synthèse et de de la production de nitrate d’ammonium, continue à polluer et mettre en danger le territoire en toute impunité et dans l’indifférence et avec la complicité des pouvoirs publics.

L’entreprise, autorisée par la préfecture à stocker 112 000 tonnes de nitrate d’ammonium (soit 43 fois la quantité qui a explosé à Beyrouth, de quoi vous laisser imaginer la catastrophe potentielle sur l’Estuaire de la Loire…), a pourtant été visée par deux arrêtés préfectoraux de mise en demeure, l’un concerne les rejets d’azote et de phosphore dans le fleuve, l’autre la gestion de ce site classe Seveso seuil haut.

“En août 2018, un arrêté de mise en demeure a été adressé à la direction de l’usine pour la contraindre à mieux protéger la salle de contrôle vis-à-vis des risques toxiques d’incendie et d’explosion”, “La tour principale de production rejette deux fois plus de poussières (PM10) que le seuil autorisé” et « Yara ne dispose d’aucune station de traitement de ses effluents industriels », comme l’explique cet article de LeMonde sur les craintes liées à Yara à Saint-Nazaire. 

De quoi inquiéter plus qu’à raison des riverains de l’usine YARA :

 » Visière de casquette et index désignant l’usine Yara, Alain Terrien toise d’un mauvais œil les panaches de fumée crachés par les cheminées du complexe produisant près de 600 000 tonnes d’engrais par an. « Ici, en cas de pépin, c’est hyperdangereux, explique le vice-président de l’association du village de Gron, un quartier de Montoir-de-Bretagne, commune de 7 000 habitants voisine de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Ce que l’on redoute si ça pète, ce ne sont pas des gens intoxiqués, comme à Rouen avec l’incendie de l’usine Lubrizol, mais des morts. Les nuages d’acide nitrique et d’ammoniac, ça ne pardonne pas… » L’inquiétude est d’autant plus légitime que le site, classé Seveso seuil haut, est coupable de sérieuses entorses, aussi bien sur le plan de la sécurité que sur celui de l’environnement.

L’Etat qui ne peut se targuer de maîtriser les risques industriels comme l’a illustré Lubrizol et qui offre toujours un peu plus de souplesse aux entreprises serait-il en train en cautionner le scénario du pire sur l’Estuaire de la Loire ?

Une explosion de l’usine YARA entraînerait une tragédie humaine et environnementale inimaginable en Loire-Atlantique. L’explosion pourrait également menacer les terminaux méthaniers de Montoir et de la rafffinerie de Donges située à seulement quelques kilomètres (le souffle de l’explosion à Beyrouth a causé des dégâts plusieurs kilomètres aux alentours !).

Une réaction en chaîne sur les différents sites SEVESO du territoire est un scénario du pire qu’il faut toujours envisager lorsque des vies humaines et notre écosystème sont en jeu.

Comment peut-on à la fois autoriser le stockage de ressources aussi dangereuses et mettre en demeure pour manquement à la sécurité ? Le GPM doit prendre ses responsabilités et l’Etat doit faire appliquer des sanctions fermes et proportionnées contre ces entreprises qui mettent en danger l’intégralité du territoire. La meilleure des solutions serait de les fermer !

yara pollution nitrate d'ammonium

L’agriculture industrielle : des pratiques mortifères de la production d’engrais à nos assiettes 

L’agriculture industrielle s’est rendue dépendante des engrais de synthèse au nitrate d’ammonium malgré le danger que ces produits représentent sur toute leur chaîne de production et de stockage. 

Entreposées dans de mauvaises conditions, ces substances deviennent des cocktails explosifs.  “Sous l’effet d’une forte température (au moins 210 °C), ce solide assez dense se décompose subitement en différents gaz dans une réaction qui libère une immense quantité d’énergie et crée une onde de choc avec cet effet de souffle monstrueux qu’ont bien montré les vidéos prises dans la capitale libanaise. Le nuage roux observé peu après l’explosion est caractéristique des oxydes d’azote qui, à forte concentration, peuvent provoquer des irritations. A Beyrouth, le déclencheur est probablement à chercher du côté de l’incendie qui a précédé l’explosion sur le port.”  explique Pierre Barthélémy, dans un article pour LeMonde. 

Selon le dernier rapport du GIEC, l’agriculture industrielle est responsable de 21 à 37 % du total des émissions de GES et 82% des émissions de protoxydes d’azote (un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2) sont causées par le système agricole industriel, notamment l’utilisation massive d’engrais azotés.

Notre modèle agricole industriel est donc à la fois destructeur de la biodiversité, extrêmement polluant et dangereux puisqu’il nécessite l’utilisation de substances nocives et explosives. Il est pourtant possible de faire autrement et de refuser ces pratiques. 

Quelles solutions pour lutter contre ces pratiques, les entreprises fabricantes et les structures qui le soutiennent comme le GPM ? 

Face à ces entreprises et projets destructeurs, quelles sont les solutions à échelle individuelle et collective ? 

  • Favoriser les produits issus de l’agriculture biologique. L’agriculture biologique n’autorise pas l’utilisation des engrais de synthèse au nitrate d’ammonium. Consommer bio, c’est donc boycotter un modèle agricole mortifère. 
  • Sensibiliser autour de nous à l’impact de l’utilisation des engrais de synthèse et aux dangers que les entreprises comme Yara représentent localement
  • Lutter pour que des entreprises ou des projets similaires ne s’implantent pas. Il est encore temps de rejoindre notre collectif Stop Carnet afin de lutter contre 110 ha de zone industrielle en bord de Loire ! 😉 Rejoignez également le village du peuple menacé d’expulsion dès fin Septembre !
  • S’investir au sein de collectifs qui luttent contre les entreprises existantes, c’est notamment le cas de Climat Presqu’île à échelle locale et de Free The Soil, qui lutte contre l’agriculture industrielle et ses acteurs (dont YARA). 

Rendez-vous également les 29 et 30 août au Carnet pour un week-end de résistance festif afin d’empêcher l’industrialisation de nos écosystèmes et lutter contre les projets écocidaires et mortifères du Grand Port Maritime !  

Du village du peuple au Carnet, contre YARA et le GPM, nous sommes la Loire qui se défend !

Voir aussi notre décorticage des activités mortifères du Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire :

Le Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire, l’Estuaire et le Carnet une histoire de béton et de pollution

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